Un artiste, un objet, une oeuvre.
Exposition collective avec Antonio Segui, Raphëlle Ricol, Maryan, Aki Kuroda, Ghasem Hajizadeh, chantalpetit et Eugénie Bachelot Prévert.
23 novembre — 21 décembre 2019
Galerie Patricia Dorfmann
61 rue de la verrerie
75004 Paris, France
L’atelier d’artiste, un irremplaçable sanctuaire, semble être la seule véritable clé de lecture des œuvres qui y sont nées et l’unique dépositaire de leur sens profond. L’atelier est fascinant, il a le magnétisme d’une œuvre composée en pleine inconscience, pure de toute intention esthétique. Entre le refuge et le temple, il constitue la première œuvre de l’artiste,
celle qui permet de comprendre plus complètement les suivantes. Quelles accumulations d’objets, de souvenirs, de fragments de vie ont silencieusement pris part à la naissance de l’oeuvre ? Lieu de sociabilité, de méditation, de spiritualité, l’Atelier révèle l’artiste tel qu’il est : collectionneur, amateur, curieux, enfant.
Les objets qui prennent place dans l’atelier de l’artiste révèlent une part secrète de l’identité de son possesseur, ils sont autant de témoins de la vie de l’artiste. Certains d’entre eux donnent à voir ce que l’artiste n’a pas confié dans son œuvre. La plupart de ces artefacts est jusqu’à présent restée à l’abri des regards dans l’Atelier. À l’image de l’identité plurielle de leurs propriétaires, les objets exposés sont hétéroclites, sans cohérence ni liens apparents. Vestiges a priori inertes, ils sont les souvenirs d’achats, de cadeaux, de rencontres inattendues, de longues amitiés, d’échanges oubliés. On peut voir jaillir une narration de cet éclectisme en y percevant l’influence que peuvent avoir ces objets sur le travail personnel de certains artistes. Souvent, les liens qui unissent le sujet à l’objet dépassent d’ailleurs le cadre formel de l’inspiration créatrice pour gagner en sens affectif. Leur mise en scène dans l’exposition révèle ces rapports complexes entre l’artiste et le matériel d’inspiration, qu’il soit considéré comme tel ou non. Il faut considérer ses objets comme les jalons d’une histoire personnelle du goût. Car l’artiste est avant tout collectionneur – d’images, de lignes et de couleurs qui se cristallisent parfois dans un objet. Noble ou trivial, précieux ou quelconque, ce dernier est transfiguré dès lors qu’il intègre l’Atelier : sa valeur d’usage se dissout et il s’inscrit dans un tout plus large, un signifiant aux multiples facettes, L’artiste seul est alors capable de définir sa nature et sa valeur. Le rapport à l’objet varie radicalement d’un artiste à l’autre et c’est dans ce constat que réside tout l’intérêt de cette exposition.
— Lucas Djaou, avril 2022.